Rivendell

Mes notes sur cette cinquième journée commencent par:

On va faire plus court aujourd’hui car j’ai deux jours de retard sur le carnet et qu’il fait faim et froid et fatigue et flemme, et que de toutes façons, mon moi du futur qui lit ces mots alignés avec horreur (bien au chaud et avec du café) n’y peut rien.

… suivit de quelque chose d’illisible qui doit être un rire en langage du Mordor. Et il a raison, je ne peux malheureusement pas revenir dans le passé pour essayer de convaincre l’humanoïde à l’origine de ces mots de détailler un peu plus les aventures du jour en échange de chocolat, ou de quelconque source de nourriture autre que du riz rond, ou plus simplement et moins cher, de lui casser les dents.

On a quitté le pied du Snøhetta assez tôt pour continuer vers un endroit où il y a du vert sur la carte (probablement des arbres), ça nous évitera de perdre une heure à tourner en rond à essayer de déraciner tout ce qui a l’air de pouvoir brûler. Le paysage ressemble assez à ce qu’on a eu avant de franchir le Snøhetta, à savoir de la tundra rousse, sauf que c’est plus plat et qu’il n’y a pas de pokémons. Le vert sur la carte, ça motive, et en 3h on fait 6 cases (unité de mesure qu’on a rapidement adopté, ça fait environs 12 km à vol d’oiseau). On retrouve des pierriers et on fait une pause face à un lac afin de déguster du riz rond, et on découvre qu’on a des sachets de thé. De là est venue l’idée tout simplement géniale de mettre des sachets de thé dans nos gourdes. Si on avait été un peu moins débiles, on aurait pu éviter quatres jours à se rincer la bouche avec le goût de chlore des pastilles purificatrices d’eau (ça a le nom impressionant d’un objet de quête, il n’en est rien).

On quitte le lac et on croise un couple de trekkeurs norvégiens/allemands qui vont vers le Snøhetta, les seules personnes que l’on croisera ce jour, on a une brève discussion avant de se séparer. Je réalise qu’ils vont devoir affronter dans quelques heures la montée du Snøhetta qu’on a descendu la veille en 4 heures: que du pierrier qui monte à fond sur 10 kilomètres: boune chance. On continue notre route et on arrive en haut d’un glacier qui fond dans une vallée, de là on aperçoit au fond le vert de la carte: des arbres qui bordent un torrent qui grossit avec des cascades qui sortent de partout. La descente du glacier est un peu casse gueule mais vaut le coût, ça ressemble à Rivendell, sans les elfes mais avec des traces de pokémons à la place.

Rétrospectivement c’est l’endroit le plus classe du monde où j’ai pu mettre les pieds. Comme il faut 2 jours de marche pour arriver dans cette vallée, il n’y a pas grand monde à part deux français avec une canne à pêche et du riz rond. On arrive dans la forêt vers 18 heures et on se pose. Je vais pêcher dans le torrent histoire de justifier les 2 kilos de matériel que je trimballe avec moi depuis le début, et je prends une dizaine de truites que l’on grille sur ce qu’on appelera LE méga feu (qui n’a rien d’un méga feu, mais vu qu’on l’alimente avec du bois et non avec des racines humides comme depuis le début, ça fonctionne mieux).

La suite par ici…